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Jeannie de Clarens, héroïne de la Résistance et membre de l'AIIC dès ses débuts

   

                                              

Jeannie Rousseau de Clarens, Valiant World War II Spy, Dies at 98:

https://www.nytimes.com/2017/0...

Hommage de Christopher Thiéry: 

Jeannie de Clarens, née Rousseau

Souvenirs personnels  

Ainsi, Jeannie est morte. J’allais la voir une ou deux fois par an, à Saint-Georges de Montaigu, en Vendée, où elle finissait ses jours paisiblement auprès de Pascal (son fils) et Florence. Elle marchait avec une canne, mais elle était tout à fait « présente », bien que vers la fin elle peinait à organiser sa pensée. Une idée lui venait, mais alors qu’elle cherchait à l’exprimer, l’idée s’en allait…  

Elle a souhaité être incinérée. Cela se passa à La Roche-sur-Yon, dans « la stricte intimité familiale », et de façon très émouvante, très sereine.  

Quand elle habitait encore Paris, à chacune de mes visites j’allais déjeuner chez elle. Depuis longtemps nous étions plusieurs à la pousser à sortir de son mutisme concernant ses activités pendant la guerre, à rédiger quelque chose. Elle trouvait toujours un prétexte pour n’en rien faire. Un incendie dans son appartement avait détruit ses cahiers… Finalement, elle a bien voulu me raconter des choses, et même que je l’enregistre. Je n’en parlerai pas ici : on trouvera tout cela sur « Interpreting the World », et notamment l’interview qu’elle a donnée à David Ignatius en 1998, pour le Washington Post. Mais j’ai compris, au cours de nos entretiens, alors qu’elle minimisait toujours l’importance de son engagement, combien cette période l’avait marquée — et notamment la nécessité vitale de vivre à chaque instant dans le mensonge. D’être prête à répondre instantanément à une question posée à l’improviste sur son identité, ou la raison de sa présence à tel endroit tel jour… Et d’être ainsi tout le temps sur ses gardes, avec tout le monde, même ses proches : jamais la vigilance ne devait se relâcher. Outre la force de caractère qu’une telle discipline exige, elle m’a avoué que le retour à une vie « normale » n’avait pas été simple. Un demi-siècle plus tard, cette discipline contre nature laissait encore des traces, m’a-t-elle dit.  

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Quand j’ai entrepris de rédiger un « petit texte » sur Jeannie pour la rubrique in memoriam, je n’avais pas mesuré le rôle qu’elle avait joué dans ma propre vie. En effet, bien qu’il n’y eut jamais la moindre intimité amoureuse entre nous, à plusieurs époques elle a changé, sans doute à son insu, le cours de mon existence.  

J’ai rencontré Jeannie Rousseau l’été 1946, au lac Chambon, en Auvergne. C’était un lieu de villégiature qui avait eu son heure de gloire pendant l’occupation, quand les plages du midi étaient inaccessibles à la plupart des Français. J’avais été invité par une amie de la famille, qui y avait un chalet. C’était la première fois que je venais en France depuis 1939 — nous habitions Londres, où j’ai fait toute ma scolarité au Lycée français. Sur la plage de Murol, j’avais intégré un groupe de jeunes, de 18 à 20 ans. Un jour un copain me dit « allons dire bonjour à Jeannie ». Et nous voilà dans une jolie villa, introduits auprès d’une fort belle dame qui trônait dans un grand lit. On m’a expliqué qu’elle était en convalescence, après une tuberculose contractée au camp de Ravensbrück. On ne savait pas trop ce qui avait motivé sa déportation, mais ce devait être important, puisque les Américains lui avaient fait cadeau d’une jolie BMW décapotable saisie aux Allemands. En effet, les jours où elle se sentait bien elle emmenait sa jeune cour visiter les lacs d’Auvergne. Nous étions tous évidemment sous son charme — mais elle était fiancée. À un rescapé des camps rencontré au sanatorium, Henri de Clarens : plus tard j’ai compris qu’elle ne pouvait envisager de vivre qu’avec quelqu’un qui aurait connu l’horreur des camps, avec qui il n’était pas nécessaire de parler de l’indicible — il savait.

Néanmoins, pour moi elle incarnait « la femme française », cette vision pour laquelle je devais décider, deux ans plus tard, d’interrompre mes études de médecine en Angleterre pour les continuer en France, ce qui était beaucoup plus compliqué.

Un jour, à Murol, Jeannie m’a tendu un livre, en me disant qu’il fallait que je le lise. C’était Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Comme pour des millions d’autres, ce livre a marqué mon existence — et c’est Jeannie qui me l’a fait connaître. Cela compte, dans une vie.  

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Dix années plus tard, nous étions tous les deux interprètes de conférence. J’ai le souvenir de Jeannie arrivant à l’assemblée de l’AIIC à Genève, en 1956 ou 1958, la jambe dans le plâtre : elle avait tenu à faire une dernière descente en skis avant de prendre le car… petit plaisir de dernière minute souvent fatal. Elle avait été interprète au SHAPE, puis elle était devenue free-lance, Français A, Anglais B, Espagnol C. Alors que son excellent allemand lui avait permis les prouesses que l’on sait, après la guerre elle n’a plus voulu prononcer un mot dans cette langue — tout en inscrivant ses enfants en section allemande à l’école. On la voyait à l’OTAN, à l’OCDE, et dans plusieurs institutions spécialisées des Nations unies — pour lesquelles elle a beaucoup voyagé.

Ce sont ces voyages, d’ailleurs, qui l’ont amenée à en exaspérer plus d’un : elle avait le chic pour dénicher des objets divers à un prix imbattable à l’autre bout du monde, pour ensuite demander à des collègues de les lui rapporter à Paris ! Des bottes commandées en Australie, par exemple, qui n’étaient pas prêtes au moment du départ, et qu’une collègue a eu la gentillesse de rapporter. Mais qui, manque de chance, n’étaient pas à la bonne taille ! La collègue en question repartait peu de temps après aux antipodes, mais a refusé de les rapporter… Et un jour elle m’a demandé de rapporter du Japon un sabre de Samouraï qu’elle avait acheté pour son fils. J’avoue que j’ai refusé tout net, d’autant que de jeunes Japonais venaient de tenter de détourner un avion au moyen de cette arme redoutable. Cela m’avait donné l’occasion de lui faire part, en toute amitié, de l’irritation croissante de la profession devant ces pratiques, d’autant qu’apparemment elle n’avait pas besoin de ses émoluments pour vivre. En larmes, elle m’a dit que ce n’était pas pour elle, mais pour faire des cadeaux. Et je crois qu’elle s’est amendée.

Malgré ces petits travers, elle était très respectée, et la qualité de son interprétation appréciée. Je lui dois d’ailleurs un des plus beaux compliments de ma carrière : j’étais en cabine anglaise à la FAO quand le délégué de Cuba a demandé la parole. Mon concabin étant sorti pour un besoin naturel, je me suis évidemment branché sur la cabine française. C’était Jeannie. Son français étant beaucoup plus facile à interpréter que l’original cubain, j’ai pu me laisser aller à de belles envolées, lyriques à souhait. À l’issue de la réunion, la délégation cubaine a tenu à dire à Cecil Biass, le chef interprète, combien on avait apprécié la brillante interprétation anglaise du discours de leur ministre ! Cecil s’est abstenu de révéler que le mérite n’en revenait pas à l’interprète en question, qui ne connaissait pas un mot d’espagnol…

Jeannie a donné des cours d’expression française à l’ESIT, et j’ai reçu plusieurs témoignages de collègues qui ont gardé un profond souvenir de cette « grande dame, modèle de classe et d’élégance ».  

*        *        *  

J’ai en mémoire d’autres occasions où Jeannie a joué un rôle important dans mon existence, mais ceci est une autre histoire.

Merci pour tout cela, Jeannie. Et merci pour ton incroyable courage pendant la guerre. C’est à toi, et à d’autres comme toi que nous devons de vivre libres aujourd’hui.  

Christopher Thiéry  

On peut se renseigner sur le rôle de Jeannie pendant la guerre sur :

http://memoiredeguerre.pagespe...

 

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AIIC France solidaire - UTOPIA 56

DEUX SEMAINES APRÈS L’OUVERTURE DU CENTRE HUMANITAIRE DE LA CHAPELLE, UTOPIA 56 LANCE UN APPEL À DON ET BÉNÉVOLAT

Des centres de premier accueil sont nécessaires dans les régions de France où arrivent les migrants qui fuient les dictatures, la guerre, la misère.

Le nouveau centre humanitaire de la Chapelle a ouvert le jeudi 10 novembre, il y a deux semaines. Depuis son ouverture, des bénévoles d’Utopia 56 aident à gérer les files d’attente de réfugiés, emmènent les adolescents isolés jusqu’à la structure adéquate, accompagnent les réfugiés malades jusqu’aux hôpitaux et distribuent des vêtements et kits d’hygiène à l’intérieur du centre .

Ce nouveau centre, géré par Emmaüs Solidarité, a déjà accueilli plus de 500 réfugiés pendant une durée de 5 à 10 jours, en leur donnant les informations légales avant de les réorienter selon leurs situations. Certes, des réfugiés dorment encore dans la rue à Paris. Des bénévoles d’Utopia 56 leur distribuent d’ailleurs chaque soir des couvertures et du café. Ce nouveau dispositif améliore grandement le premier accueil des réfugiés.

A Paris, nous avons besoin d’aide. Utopia 56 lance un appel à bénévolat. 25 bénévoles Utopia sont nécessaires chaque jour en soutien au centre humanitaire de la Chapelle. Nous avons aussi besoin de bras pour distribuer des couvertures aux réfugiés qui dorment dans la rue et pour organiser des collectes à Paris.

Two weeks after the opening of La Chapelle humanitarian centre, Utopia56 is calling for donations and volunteers

Reception centres are necessary in the French regions where refugees fleeing dictatorship, war and poverty first arrive.
The new La Chapelle humanitarian centre opened two weeks ago, on Thursday, November 10th. From the very beginning, Utopia56 volunteers have been helping to manage the queues of refugees, take unaccompanied teenagers to the appropriate organisations, sick refugees to hospital and distribute clothing and personal care products in the centre.
Since the inception of this new centre, managed by Emmaüs Solidarité, more than 500 refugees have been taken in for 5 to 10 days and provided with legal information before being redirected in accordance with their status. There are, of course, refugees still sleeping in the streets of Paris; Utopia56 volunteers provide them with blankets and coffee every night. These new measures greatly improve the initial reception of refugees.
In Paris, we need help. Utopia56 is appealing for volunteers: there is a need for 25 volunteers a day to help out in La Chapelle humanitarian centre. We also need helping hands to distribute blankets to refugees who are sleeping in the streets and to organise fund-raising in Paris.

http://www.utopia56.com/fr

MESSAGES DE SOLIDARITÉ DES COLLÈGUES AIIC DU MONDE ENTIER APRÈS LES ATTENTATS TERRORISTES DU 13 NOVEMBRE 2015 À PARIS

"...La Région des Pays Arabes voudrait joindre sa voix à toutes celles qui condamnent haut et fort les actes terroristes barbares. La plupart des pays de notre région a été ou est toujours victime de tels attentats qui coûtent la vie à des innocents. Leur seul crime est de ne pas partager la même vision que ceux qui prétendent détenir la seule vérité ou la volonté de Dieu..." Région des Pays Arabes

"...Il est important, étant donné que nous sommes des ponts entre les langues, les cultures et les civilisations, de faire tout notre possible pour que le dialogue et la tolérance l'emportent sur la haine et la discrimination..." Mexique/Amérique centrale/Caraïbes

"...The Africa Region stands in solidarity with our French colleagues following the senseless terror attacks in Paris that claimed the lives of innocent people..." Région Afrique

"Les collègues de la Région Italie ont suivi et suivent avec énormément d’émotion les événements dramatiques qui se sont déroulés dans la Région proche et amie qu’est la France.
Nous voulons vous assurer de notre participation, affection et solidarité. Beaucoup d’entre nous sont liés par des rapports personnels d’estime et d’amitié et nos pensées sont avec vous en cette épreuve (...)
Vi abbracciamo forte, tous et chacun..." Région Italie

Lire l'intégralité des messages des Régions des Pays Arabes, Mexique/Amérique Centrale/Caraïbes, Afrique, Autriche, Canada,Turquie,Luxembourg...Lire l'intégralité des messages des régions des pays arabes, Mexique/Amérique Centrale/Caraïbes, Afrique, Autriche, Canada,Turquie,Luxembourg, Italie...

INTERPRÉTATION DIPLOMATIQUE

par Christopher Thiéry
Président d’honneur de l’Association internationale des interprètes de conférence, ancien chef de service de l’interprétation au MAEE.

Certains se souviendront de ce terme désuet, « inter­prétation diplomatique », qui a été remplacé, lorsque la profession a commencé à s’organiser après la Seconde Guerre mondiale, par « interprétation de conférence ». Je l’emploie aujourd’hui pour désigner une forme particulière de l’interprétation de confé­rence, ou plus exactement la façon dont un inter­prète de conférence est appelé à exercer son métier au sein d’un ministère des Affaires Étrangères.

Notre propos est de décrire certains aspects de l’in­terprétation diplomatique en nous inspirant de l’expé­rience acquise au ministère des Affaires Étrangères, à Paris.

Nous aborderons successivement : les entretiens, les entretiens élargis, les discours, les conférences de presse, l’interprétation à table, le secret professionnel. lire l'article

SIMULTANEOUS INTERPRETING IN A MULTILIGUAL CONTEXT

par Hans-Werner Mühle
conference interpreter, AIIC
Interpreter Trainer, University of the Witwatersrand, Wits language School, Glendon York University, Toronto, Canada

There are many instances where nowadays simultaneous interpreting is applied, this form of interpreting being the one most used, contrary to consecutive interpreting, which tends to be applied mostly in bilingual contexts and smaller scale events.
Today, consecutive is used for after dinner speeches, exhibition openings and the like, but it is considered as the basis for simultaneous interpreter training. In this mode of interpreting, the interpreter would listen tothe wholeor a large part ( up to 15 minutes) of a speech, take notes and render the whole speech in another language consecutively. This requires excellent analysis, memory and note-taking skills as well as excellent public speaking. lire l'article


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AIIC. "ACTUALITES". aiic.fr October 7, 2015. Accessed October 21, 2017. <http://aiic.fr/p/7374>.